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théâtre

«  Le fantasme de l'application d'un format industriel à la création artistique et la culture n'est pas pertinent »

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Entre saison d'une exceptionnelle densité et bouleversements liés à la pandémie et ses conséquences, le Phénix continue de conjuguer les engagements et les fidélités, en adaptant sa démarche aux nouveaux enjeux. Rencontre avec Romaric Daurier, son directeur.

Forcément singulière, la saison 21-22 oblige les acteurs culturels a une gymnastique inédite à bien des égards. Outre qu'il faut attirer à nouveau un public dispersé par la pandémie et toujours plus attiré par les sirènes des écrans et du numérique, les plannings doivent s'accommoder de nombreux reports des mois écoulés conjugués à la programmation de la nouvelle saison, remplissant les agendas plus encore que d'ordinaire. Entre une portion de public pas encore décidée à reprendre de façon régulière le chemin des salles, une offre devenue par endroits plus pléthorique que par le passé et un réel plaisir pour le public d'échanger à nouveau dans les salles et autour comme de retrouver les artistes, l'horizon reste riche de questions pour les acteurs de la culture sur le territoire. Dans les nouveaux quartiers rénovés, entre médiathèque et espaces conviviaux, le Phénix a toujours entendu prolonger l'échange, la rencontre et les interactions au-delà du temps de la représentation. «La réarticulation entre les propositions de spectacles et le lieu de vie est au cœur du projet. C'est un plaisir de voir revenir les spectateurs et les habitants s'approprier à nouveau les espaces au-delà du théâtre » explique Romaric Daurier.

 

Pour autant, l'enchaînement des propositions et la densité accrue qui en résulte n'augure pas du futur des saisons culturelles veut croire le directeur du Phénix : « Le fantasme de l'application d'un format industriel à la création artistique et la culture n'est pas pertinent. La logique libérale de tournées de grandes salles destinées à ne produire qu'une rentabilité économique n'est pas un horizon fécond et pertinent et ce n'est pas la mission de lieux comme le nôtre. Il faut que nous nous placions dans un rapport différent au public et aux artistes. Nous travaillons pour la saison prochaine sur des accueils moins nombreux mais davantage connectés à la fois aux habitants et au territoire. Les artistes ont besoin de temps pour imaginer et construire sereinement leurs projets de création, pour les présenter dans de bonnes conditions aux spectateurs. Il faut sans doute passer par moins de créations pour proposer des séries de représentations plus longues des accompagnements sur plusieurs années, pour permettre aux artistes d'être associés aux actions culturelles auprès de la population, pour travailler également avec des créateurs de la région dans une forme de circuit court de la culture ». Impactée par la pandémie, la circulation des équipes internationales a connu un brusque coup d'arrêt, questionnant également leur pertinence à l'heure où le tissu des artistes locaux connaît des difficultés pour créer.

 

Et d'ajouter : « Il n'y a pas de concurrence entre les lieux culturels, nous préférons travailler dans des formes de coopération intelligente comme avec Le Manège à Maubeuge ou l'Opéra de Lille cette saison pour partager les publics. C'est une grande part de notre travail, notamment dans le Campus mis en place avec la Maison de la Culture d'Amiens. Nos deux maisons sont des pôles européens de création et de production et, en travaillant de concert, nous disposons de davantage de moyens pour accompagner les artistes sur le long terme, pour leur permettre d'être découverts au-delà du tissu local, au niveau national voire international. Cela permet également de créer des liens entre les artistes eux-mêmes dans une forme d'échange, de stimulation et d'émulation collective et mutuelle. C'est aussi un laboratoire qui questionne les logiques de production, d'accompagnement et de production. Un rendez-vous comme Avignon reste un superbe espace de visibilité, mais il ne peut pas être le seul qui permette à des artistes d'être repérés ». Pour autant, ce resserrement des programmations ne vise pas à assécher la variété des artistes programmés qui reste au cœur du projet de la scène nationale valenciennoise : « Maintenir la diversité dans nos propositions demeure essentiel. Il n'y a pas plus de distinction entre artistes locaux et internationaux qu'entre création et culture dite populaire, c'est l'ensemble qui fait la richesse de nos lieux. Mais il nous faut sans doute travailler davantage à réussir la synthèse, à parvenir à faire circuler les publics de spectacle dits populaires à des œuvres présentées comme plus singulières ou exigeantes. Les confinements ont contribué à émousser la curiosité des spectateurs déjà mise à mal par les algorithmes, à nous de trouver le moyen de la réveiller. Cela passe probablement par des formes de communication différentes, des partenariats variés et des démarches à inventer ».

 

Ce jour-là, après Vie de Voyou de Jeanne Lazar sur la scène du studio, la chanteuse Suzane prenait place sur le grand plateau en partenariat avec le théâtre d'Anzin. Comme un aperçu d'une saison dense qui n'oublie pas non plus de faire une place aux enfants ni de travailler à aller occuper les zones blanches d'espaces plus éloignés de la culture. « Je veux qu'un jeune de Fourmies puisse se dire qu'à moins de deux heures de chez lui il peut avoir accès à des propositions culturelles de qualité. Ça n'est possible que grâce à un intense travail de terrain à ne jamais délaisser , en aidant des compagnies à s'implanter par exemple comme c'est le cas à Bruay sur l'Escaut, Douchy-les-Mines ou Le Quesnoy par exemple. A ce titre le soutien de l'Etat se révèle aussi essentiel, c'est lui qui fixe le « la » sur le volontarisme des financements de nos actions » explique le directeur.

 

La réflexion autour du lien entre culture et population se fait d'autant plus essentielle que le temps presse et que la saison prochaine se conçoit maintenant. Romaric Daurier de prolonger : «La création d'aujourd'hui, c'est le patrimoine de demain. Les spectateurs qui poussent aujourd'hui la porte des lieux culturels sont ceux qui continueront d'y venir ensuite, avec leurs enfants et leurs proches. L'enjeu c'est de concurrencer les GAFAM dans la proposition d'autre chose qu'un écran pour les habitants, surtout après les confinements. Plus que jamais, il faut défendre et soutenir partout le modèle d'une culture territorialisée. Le numérique ne doit pas être une fin mais un outil. Pour la médiation, en amont et en aval d'une représentation, c'est par exemple parfait pour approfondir le regard et prolonger l'expérience, mais rien ne remplacera jamais le rapport direct et puissant qui se produit entre un spectateur et un artiste sur une scène à quelques pas de lui ».

Publié le 19/10/2021 Auteur : Guillaume B.

Le Phénix, boulevard Harpignies à Valenciennes lephenix.fr Tél.03.27.32.32.32

Ne pas finir comme Roméo et Juliette jusqu'au 22 octobre à 20h


Mots clés : culture saison Le phenix